Écritures guérisseuses I

woman-dreaming

Jette les armes. Disons que la sortie n’a pas d’inventaire. La sortie est à l’intérieur, pas à l’extérieur. Crie, crie, désolée tes armes ne fonctionnent plus. Crache le venin contre ceux qui t’ont fait ça. Hurle de désespoir; ma tendre fille, je t’aime et tu ne le vois pas.

Crevez tous autant que vous êtes, vous qui m’avez enfermée ici. Je hanterai vos jours et vos nuits.
Calme, calme la nuit. Le sommeil oublie qui je suis.
Bras lacérés de mes cris. Je renonce tendre nuit. Tu me saisis.
Nul ne saura ce que je vis ici. Oubliée du soleil mon ami. Je ne sais plus ce que ma peau me disait, quand elle était caressée par l’astre doux.
Sanglots qui coulent contre la pierre nue, insensible, elle boit mes flots.
Le cœur contrit, fleur fanée qui ne rencontre pas de soulagement. Je serai transmis aux générations de tes enfants qui ne connaîtrons pas le repos amoureux.
Criez à l’injustice; ma plaie résonnera toujours plus haut que la vôtre.
J’ai été chargée d’expérimenter ce travers divin; passer par la case départ.
Mes atomes se décomposent, souillent le sol de cette caverne profonde. Poussière qui tremble entre les rainures des pierres. Fantôme qui surgit de la tombe. Je t’ai retrouvé et je me colle à ton fils bien aimé. Il se révolte contre toi, te maudit. Ton amour ne sera pas rendu. Il s’évanouira dans le vent du désert. Perte de tes illusions.
Allons, rebond. Des siècles plus tard, je viens me loger dans le cœur de celle qui me ressemble, ta descendante. Son âme a soif d’absolu, comme la mienne tendrement fauchée par ton glaive abîmé. C’est une sœur lointaine, une autre moi-même. Je me confonds avec elle parfois et retrouve les saveurs de la liberté. Ma vengeance oubliée quelques instants, avant que je ne revienne, sentinelle sur son cœur meurtri. Je garde la chapelle.
Elle se lève le matin avec le goût du sable dans la bouche, et les reins transis. Elle porte d’autres mémoires aussi.
Je me surprends à l’aimer, cette femme d’une race maudite par moi. Je voudrais vivre son destin plein, mais les filets de l’habitude me retiennent de célébrer ce renouveau. La haine se tisse, bien confortable.

Oh ma sœur du lointain. Je te vois, isolée du genre humain. Tu en fus, mais les éons t’ont asséché l’âme. Tu te croies craie. Poudre qui reste sur les doigts. J’aperçois ta silhouette parfois. Je tente de t’atteindre et tu recules plus profondément dans tes replis. Je t’oublie.
Laisse-moi te tendre les bras, toi qui façonnes ma vie malgré moi.
Me voilà aussi prise dans des rets tissés de croyances anciennes, et des miennes aussi. Nulle lumière ne parvient dans cet espace où je me plains.
Je creuse le terrain; je veux arriver jusqu’à toi. Je prendrai la forme du bras qui surgit du tunnel inconnu, luisant d’or agrégé le long du chemin. Je tâtonne, te cherche de la main.
Là! Tes cheveux sont encore de satin. Belle âme sœur, laisse-toi caresser. Ton lit sera de jasmin, effluves qui te réveillent un matin.
Je t’ai transportée, voyage nain, de ta tombe imaginée, à cette chambre parfumée que tu n’avais jamais quittée. Rêve qui s’évanouit au matin. Je suis aussi le vent qui souffle pour te réveiller. Tes cils battent: Oh sensation pure de l’humain. Je recrée un corps à ton image: c’est le tien.
Me voilà levée, glissant par la fenêtre vers le balcon voilé. L’étendue de la palmeraie est là, abreuvée d’eau sacrée.
Va, vis ton voyage de femme, mariée, savourée, célébrée. Je t’offre ce cadeau de vie, pour goûter à tes plaisirs retrouvés, ré-inventés.

Quelque part, dans une chambre meublée, le bois de la table de nuit apparaît. Manhattan se réveille. Pleine nuit. J’ai inventé cette ville aussi. Toutes les possibilités au creux de la main, à portée de voix de diva vagabonde.
Encore une vie réparée; et les saveurs explosent: le café, le cuir, la soie, la lanière qui frotte la cheville, le bas nylon qui court sur le pavé. Elle se rend à une audition, le cœur battant. Il n’est plus prisonnier. Il chante sa liberté.